USS Indiana (BB-58) : histoire et caractéristiques du cuirassé américain
Le USS Indiana (BB-58) fut l’un des cuirassés américains les plus représentatifs de la guerre du Pacifique. Deuxième bâtiment de la classe South Dakota, il entra en service le 30 avril 1942, à un moment où les États-Unis mobilisaient toutes leurs ressources navales après l’attaque de Pearl Harbor. Construit par Newport News Shipbuilding en Virginie, l’Indiana combinait une puissance de feu considérable, une protection blindée importante et une vitesse suffisante pour accompagner les forces aéronavales rapides. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participa à de nombreuses opérations majeures contre le Japon, des îles Salomon aux Mariannes, puis d’Iwo Jima aux dernières opérations contre l’archipel japonais. Après la guerre, il fut placé en réserve puis finalement vendu à la démolition en 1963.
La construction de l’USS Indiana
Le projet de l’Indiana remontait à la politique navale américaine des années 1930. Sa construction fut autorisée dans le cadre du Vinson-Trammell Act du 27 mars 1934, tandis que le président Franklin D. Roosevelt approuva officiellement le nom Indiana le 21 septembre 1938. La quille fut posée le 20 novembre 1939 au chantier Newport News Shipbuilding and Dry Dock Company. Le navire fut lancé le 21 novembre 1941, quelques semaines avant l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, puis achevé dans un contexte d’urgence après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor. Il fut finalement admis au service actif le 30 avril 1942, sous le commandement du capitaine Aaron S. Merrill. Lors de la cérémonie de mise en service, le nouveau cuirassé reçut également une dimension symbolique particulière : il arbora des couleurs ayant été portées par le premier Indiana lors de la bataille de Santiago de Cuba en 1898.
Un cuirassé de la classe South Dakota
Avec ses 35 000 tonnes de déplacement standard, ses 680 pieds de longueur et ses neuf canons de 16 pouces, l’Indiana appartenait à une génération de cuirassés conçus pour offrir un compromis entre puissance, protection et déplacement. Sa batterie principale était constituée de trois tourelles triples de 406 mm, tandis que son artillerie secondaire comprenait vingt canons de 5 pouces. À cette puissance s’ajoutait une défense antiaérienne qui évolua au cours du conflit, notamment avec l’augmentation du nombre de canons de 40 et de 20 mm. Le navire pouvait également embarquer des hydravions destinés à la reconnaissance et au réglage des tirs d’artillerie.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Classe | South Dakota |
| Numéro de coque | BB-58 |
| Construction | Newport News Shipbuilding, Virginie |
| Mise sur cale | 20 novembre 1939 |
| Lancement | 21 novembre 1941 |
| Mise en service | 30 avril 1942 |
| Déplacement standard | 35 000 tonnes |
| Longueur | 680 pieds (207,3 m) |
| Largeur | 108 pieds 2 pouces (32,97 m) |
| Tirant d’eau | 29 pieds 3 pouces (8,92 m) |
| Vitesse maximale | Environ 27 nœuds |
| Artillerie principale | 9 × 406 mm (16 pouces) |
| Artillerie secondaire | 20 × 127 mm (5 pouces) |
| Défense antiaérienne initiale | 24 × 40 mm et 16 × 20 mm |
| Aéronefs | Jusqu’à 3 hydravions |
| Équipage | Environ 2 100 hommes à la mise en service |
| Fin de carrière | Vendu pour démolition en 1963 |
| Décorations | 9 battle stars pour la Seconde Guerre mondiale |
Les débuts dans le Pacifique
Après ses essais et sa période de mise au point, l’Indiana rejoignit le théâtre du Pacifique à la fin de 1942. Il opéra d’abord dans le Pacifique Sud avant de prendre progressivement part aux grandes campagnes américaines menées dans le Pacifique central. Son rôle ne consistait pas uniquement à engager des navires ennemis : comme beaucoup de cuirassés américains de cette période, il servait également d’escorte aux porte-avions, de plateforme de défense antiaérienne et de bâtiment de bombardement capable de neutraliser des positions terrestres grâce à ses énormes pièces de 406 mm.
En novembre 1943, l’Indiana participa aux opérations contre les îles Gilbert, puis prit part à la campagne des Marshall au début de 1944. C’est au cours de cette période que le cuirassé connut l’un des accidents les plus sérieux de sa carrière. Dans la nuit du 1er février 1944, il entra en collision avec l’USS Washington (BB-56). L’accident provoqua des dommages suffisamment importants pour nécessiter des réparations, mais l’Indiana retourna ensuite au combat.
Les Mariannes et la bataille de la mer des Philippines
Après ses réparations, l’Indiana reprit ses opérations au printemps 1944 et accompagna les forces de porte-avions américaines lors de raids contre des positions japonaises dans les Carolines. À partir de juin, il participa à la campagne des Mariannes, notamment aux opérations précédant les débarquements de Saipan et de Tinian. Son artillerie lourde était alors particulièrement utile pour frapper les installations côtières tandis que ses batteries antiaériennes contribuaient à protéger les bâtiments de la flotte contre les attaques aériennes japonaises.
L’Indiana fut également engagé dans la bataille de la mer des Philippines en juin 1944. Le 19 juin, alors que les forces américaines repoussaient les attaques aériennes japonaises, un avion japonais Nakajima B5N2 Kate en flammes percuta le navire. L’Indiana subit des dégâts limités et continua son activité opérationnelle. La violence des combats aériens fut considérable : le navire tira ce jour-là des centaines de projectiles de 5 pouces et plusieurs milliers de munitions antiaériennes de 40 et 20 mm. Cinq marins furent blessés par des fragments provenant notamment des tirs antiaériens américains.
De l’automne 1944 à la fin de la guerre
À l’automne 1944, l’Indiana continua d’accompagner les forces aéronavales américaines lors des opérations contre les Palaos et les Philippines. Des problèmes mécaniques l’obligèrent toutefois à interrompre temporairement ses opérations afin de réparer une turbine. Après un passage par Pearl Harbor et un important carénage au chantier naval de Puget Sound, le cuirassé retourna dans le Pacifique occidental au début de 1945.
L’année 1945 fut particulièrement active. L’Indiana participa à l’opération contre Iwo Jima, puis aux opérations aéronavales dirigées contre les îles japonaises. Il prit également part aux opérations liées à Okinawa et aux bombardements côtiers menés durant les dernières semaines du conflit. En août, alors qu’il se préparait à soutenir de nouvelles frappes contre la région de Tokyo, son équipage apprit l’acceptation par le Japon des conditions de reddition. La capitulation officielle fut signée à bord de l’USS Missouri dans la baie de Tokyo le 2 septembre 1945. Trois jours plus tard, l’Indiana entra à son tour dans la baie de Tokyo.
Une dernière mission au Japon
La présence de l’Indiana au Japon après la capitulation eut également une dimension humanitaire. En septembre 1945, le navire servit notamment de point de transfert pour des prisonniers de guerre alliés libérés des camps japonais. Les archives de l’US Navy indiquent que l’équipage reçut et transféra plusieurs groupes de militaires et de personnels civils libérés avant le départ du cuirassé vers les États-Unis. Cette mission constitue l’une des dernières pages de son activité opérationnelle pendant la guerre.
Le retrait du service et la mémoire de l’Indiana
De retour aux États-Unis, l’Indiana fut finalement placé en réserve. Il fut officiellement désarmé en 1947 et ne retrouva jamais le service actif. Au début des années 1960, la Marine américaine décida de se séparer définitivement des anciens cuirassés de la classe South Dakota. L’Indiana fut rayé des listes de la Marine en 1962, puis vendu pour démolition en septembre 1963. Il fut ensuite remorqué vers Richmond, en Californie, où il fut démantelé.
La disparition du navire ne signifia toutefois pas celle de son héritage. Plusieurs éléments de l’Indiana furent conservés dans son État éponyme, notamment une ancre, la cloche, la grande roue et le mât principal. Ces vestiges rappellent aujourd’hui l’existence d’un cuirassé qui passa plus de trois années en opérations de guerre et reçut neuf battle stars pour son service pendant la Seconde Guerre mondiale.
Conclusion
L’USS Indiana (BB-58) illustre l’évolution du cuirassé américain pendant la Seconde Guerre mondiale : conçu autour d’une artillerie principale de 406 mm et d’une protection importante, il fut finalement employé dans une flotte où les porte-avions, l’aviation et les capacités antiaériennes occupaient une place croissante. Son parcours l’emmena du Pacifique Sud aux Mariannes, des Philippines à Iwo Jima et jusqu’aux eaux japonaises. Malgré un accident sérieux avec l’USS Washington, des problèmes mécaniques et plusieurs situations de combat, l’Indiana poursuivit ses missions jusqu’à la fin du conflit. Son histoire s’acheva dans les chantiers de démolition en 1963, mais plusieurs de ses éléments conservés témoignent encore de son passage dans l’histoire navale américaine.




