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USS South Dakota (BB-57)

USS South Dakota (BB-57) : histoire, caractéristiques et combats du cuirassé américain

Le USS South Dakota (BB-57) fut l’un des cuirassés rapides les plus remarquables de la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Navire tête de la classe South Dakota, il combinait une artillerie principale de neuf canons de 406 mm, une protection particulièrement importante et une vitesse suffisante pour accompagner les forces navales rapides. Mis en service au printemps 1942, à un moment où la guerre du Pacifique prenait une ampleur considérable, le cuirassé fut rapidement envoyé au combat. Sa carrière opérationnelle fut marquée par les affrontements autour de Guadalcanal, les campagnes des Mariannes et des Philippines, les opérations d’Okinawa et, finalement, les bombardements des îles japonaises. Gravement éprouvé à plusieurs reprises mais réparé à chaque fois, le South Dakota termina la guerre dans la baie de Tokyo, où il assista à la capitulation officielle du Japon le 2 septembre 1945.

La naissance du USS South Dakota

Un cuirassé conçu pour une nouvelle génération de combats

Le South Dakota fut commandé dans le contexte du renouvellement accéléré de la flotte américaine à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Sa quille fut posée le 5 juillet 1939 par la New York Shipbuilding Corporation à Camden, dans le New Jersey. Le navire fut lancé le 7 juin 1941, quelques mois avant l’entrée des États-Unis dans la guerre, puis officiellement mis en service le 20 mars 1942. Il était alors placé sous le commandement du capitaine Thomas L. Gatch. La cérémonie de mise en service fut organisée au Philadelphia Navy Yard, tandis que le navire avait été parrainé par Vera C. Bushfield, épouse du gouverneur du Dakota du Sud.

La classe South Dakota représentait une évolution importante de la conception américaine du cuirassé. L’objectif était de réunir une puissance de feu comparable à celle des grands cuirassés étrangers avec une coque suffisamment compacte pour respecter les contraintes héritées du système des traités navals de l’entre-deux-guerres. Le résultat était un bâtiment relativement court pour sa puissance, mais extrêmement dense en équipements et en protection. Le South Dakota mesurait environ 680 pieds, soit un peu plus de 207 mètres, pour une largeur de plus de 32 mètres. Sa conception prévoyait également son emploi comme navire amiral de division, ce qui exigeait des installations de commandement adaptées.

Avant de rejoindre les zones de combat, le cuirassé effectua sa période d’essais et d’entraînement dans l’Atlantique. Une unité aérienne lui fut notamment associée à partir de mai 1942, avec plusieurs appareils destinés à la reconnaissance et au réglage des tirs de la batterie principale. À cette époque, les avions embarqués sur les cuirassés jouaient encore un rôle important dans l’observation à longue distance et dans l’acquisition des objectifs, même si l’essor rapide de l’aviation embarquée allait progressivement modifier cette organisation.

Une puissance de feu considérable

Les canons de 406 mm

L’arme emblématique du South Dakota était sa batterie principale de neuf canons de 16 pouces (406 mm) répartis dans trois tourelles triples. Ces pièces étaient capables de projeter des obus extrêmement lourds à grande distance et donnaient au cuirassé une capacité de destruction particulièrement importante contre les bâtiments ennemis comme contre les installations côtières. La batterie secondaire comprenait seize canons de 5 pouces (127 mm), capables d’être employés contre des navires de surface mais aussi contre des objectifs aériens.

La protection était tout aussi essentielle. Le South Dakota possédait une ceinture blindée épaisse et un pont blindé destiné à protéger les éléments vitaux contre les tirs plongeants et les bombes. Les tourelles et leurs barbettes bénéficiaient elles aussi d’un blindage très important. Cette combinaison entre artillerie, blindage et vitesse faisait du cuirassé un instrument polyvalent : il pouvait combattre des bâtiments ennemis, soutenir des troupes débarquées et participer à la défense antiaérienne d’une force navale.

Une défense antiaérienne renforcée par la guerre

Comme de nombreux grands bâtiments américains, le South Dakota vit son armement antiaérien évoluer au cours du conflit. Les menaces représentées par les avions-torpilleurs et les bombardiers japonais devinrent rapidement centrales dans le Pacifique. Les systèmes de défense rapprochée furent donc renforcés au fil des modifications, avec notamment des canons automatiques de 40 mm et de 20 mm. Cette évolution illustre l’une des transformations fondamentales de la guerre navale : le cuirassé restait un formidable canonnier, mais sa survie dépendait également de sa capacité à se défendre contre une aviation toujours plus nombreuse.

Le baptême du feu dans le Pacifique

Guadalcanal et la bataille des îles Santa Cruz

Après sa mise en service, le South Dakota fut envoyé vers le Pacifique à l’été 1942 afin de participer à la campagne de Guadalcanal. Son premier grand engagement eut lieu lors de la bataille des îles Santa Cruz, le 26 octobre 1942. Le cuirassé y employa notamment ses armes antiaériennes contre les attaques aériennes japonaises. Au cours de l’action, une bombe japonaise endommagea sa tourelle avant de 406 mm, et le navire entra également en collision avec le destroyer USS Mahan. Les dommages furent toutefois suffisamment maîtrisés pour permettre au bâtiment de poursuivre sa carrière opérationnelle après réparations.

Quelques semaines plus tard, le South Dakota fut engagé dans l’un des affrontements de surface les plus violents de la campagne de Guadalcanal. Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1942, il affronta des forces japonaises lors d’une bataille nocturne particulièrement intense. Le cuirassé encaissa de nombreux impacts. Les archives du Naval History and Heritage Command indiquent qu’il fut touché par au moins 26 projectiles, certains provenant de bâtiments japonais lourds. Des dégâts et des pertes humaines furent enregistrés, mais la structure du navire résista suffisamment pour lui permettre de survivre à l’engagement.

Cet épisode est probablement le plus célèbre de l’histoire du South Dakota, car il démontre concrètement les compromis réalisés par ses concepteurs. Le cuirassé pouvait recevoir des coups considérables tout en continuant à combattre, mais les dommages aux installations électriques, aux équipements de communication et à certains systèmes réduisirent temporairement son efficacité. Après la bataille, il fut finalement renvoyé aux États-Unis afin d’y subir les réparations nécessaires.

Des eaux de l’Atlantique aux offensives du Pacifique

Une parenthèse avec la Home Fleet britannique

Après ses réparations, le South Dakota retrouva l’Atlantique en 1943. De février à août, il servit notamment avec la British Home Fleet, participant à des opérations dans les eaux européennes. Cette période fut relativement différente de son expérience précédente dans le Pacifique, mais elle démontrait l’importance stratégique des grands cuirassés américains, capables d’être déplacés d’un théâtre d’opérations à l’autre en fonction des besoins alliés.

À l’automne 1943, le cuirassé retourna dans le Pacifique. Il participa alors aux offensives américaines dans les îles Gilbert et Marshall, avant de prendre part aux opérations des Mariannes en 1944. Son rôle ne consistait plus seulement à rechercher des cuirassés japonais : il devait aussi accompagner les groupes de porte-avions, contribuer à la défense antiaérienne et fournir une puissance de feu importante contre les positions terrestres.

Les Mariannes et la bataille de la mer des Philippines

Lors de la campagne des Mariannes, le South Dakota bombarda notamment les positions japonaises de Saipan et Tinian. Ces opérations démontraient l’évolution du rôle du cuirassé : sa batterie de 406 mm était désormais employée comme une gigantesque artillerie mobile au service des opérations amphibies, tandis que les porte-avions assuraient une part croissante de la puissance aérienne de la flotte.

Le 19 juin 1944, durant la bataille de la mer des Philippines, le South Dakota fut de nouveau endommagé par une bombe japonaise. Il survécut néanmoins et fut réparé avant de reprendre ses opérations. À partir de la fin de 1944, il participa à l’accompagnement des forces de porte-avions rapides et aux grandes opérations américaines dans le Pacifique occidental.

1944-1945 : l’offensive finale contre le Japon

Philippines, Iwo Jima et Okinawa

De l’automne 1944 jusqu’à la fin de la guerre, le South Dakota opéra dans le cadre des offensives américaines qui conduisirent progressivement les forces alliées vers le territoire japonais. Il participa aux opérations liées aux invasions de Leyte et de Luzon, puis à celles d’Iwo Jima et d’Okinawa. Ses canons lourds furent employés contre des objectifs terrestres tandis que le cuirassé continuait d’assurer la protection des forces navales contre les attaques aériennes.

À Okinawa, les cuirassés américains jouèrent un rôle d’artillerie navale particulièrement important. Le South Dakota contribua aux bombardements des positions japonaises en mars et avril 1945. La résistance japonaise et les attaques kamikazes rendaient ces opérations extrêmement dangereuses, mais le cuirassé continua à accompagner les forces américaines dans leur progression vers l’archipel japonais.

Les derniers tirs de la guerre

En juillet et août 1945, alors que la guerre approchait de son terme, le South Dakota participa aux bombardements des îles japonaises. Il appartenait alors à une flotte américaine qui pouvait frapper directement le territoire métropolitain japonais. Après l’annonce de la capitulation japonaise, le cuirassé se trouvait dans la baie de Tokyo le 2 septembre 1945, lors de la cérémonie officielle de reddition à bord du cuirassé USS Missouri. Cette présence constitua l’ultime étape symbolique d’une carrière de combat commencée à Guadalcanal près de trois ans auparavant.

Le retrait du service et la fin du navire

La fin de la guerre rendit rapidement moins nécessaire le maintien d’une importante flotte de cuirassés. Le South Dakota retourna aux États-Unis et fut désarmé le 31 janvier 1947. Contrairement à certains autres bâtiments de son époque, il ne fut pas modernisé pour retrouver une seconde carrière opérationnelle. Il resta en réserve pendant plusieurs années avant d’être retiré de la liste des bâtiments de la marine en 1962.

Le cuirassé fut vendu pour démolition en octobre 1962 et remorqué vers le New Jersey afin d’y être démantelé. Le navire lui-même a donc disparu, mais sa mémoire a survécu, notamment grâce au Battleship South Dakota Memorial établi à Sioux Falls. Le mémorial conserve aujourd’hui le souvenir du bâtiment et de ses marins, tandis que les archives de l’US Navy permettent de reconstituer avec précision sa trajectoire opérationnelle.

Caractéristiques techniques du USS South Dakota

Caractéristique Donnée
Désignation USS South Dakota (BB-57)
Classe South Dakota
Type Cuirassé rapide
Constructeur New York Shipbuilding Corporation
Mise sur cale 5 juillet 1939
Lancement 7 juin 1941
Mise en service 20 mars 1942
Longueur Environ 680 pieds (207 m)
Largeur Environ 108 pieds (32,9 m)
Déplacement standard 35 000 tonnes
Vitesse maximale Environ 27,5-27,8 nœuds
Armement principal 9 canons de 406 mm (16 pouces)
Armement secondaire 16 canons de 127 mm (5 pouces)
Défense antiaérienne Canons de 40 mm et de 20 mm, avec évolution durant la guerre
Équipage Jusqu’à environ 2 350 hommes selon la configuration et la période
Aéronefs embarqués Hydravions de reconnaissance
Catapultes 2
Désarmement 31 janvier 1947
Sort final Vendu puis démantelé en 1962

Les caractéristiques générales sont celles indiquées dans les archives du Naval History and Heritage Command ; l’armement antiaérien et les effectifs évoluèrent toutefois au cours de la guerre, ce qui explique les différences que l’on peut rencontrer entre les fiches techniques consacrées au navire.

Un héritage qui dépasse le cuirassé

Le USS South Dakota (BB-57) illustre l’apogée puis le déclin du cuirassé comme instrument central de la guerre navale. À sa mise en service, ses neuf canons de 406 mm, son blindage et sa vitesse en faisaient un navire de ligne redoutable. Pourtant, son histoire opérationnelle montre également que la puissance navale avait profondément changé : le South Dakota combattit souvent aux côtés de porte-avions, dépendit de plus en plus de la défense antiaérienne et consacra une part importante de ses dernières opérations au bombardement des positions terrestres.

Son parcours est surtout remarquable par sa continuité opérationnelle malgré plusieurs épisodes de dommages sérieux. De Guadalcanal aux dernières frappes contre le Japon, le cuirassé changea de rôle sans perdre son importance au sein des forces américaines. Il fut tour à tour bâtiment de ligne, escorte de porte-avions, plateforme antiaérienne et artillerie navale lourde. Présent dans la baie de Tokyo au moment de la capitulation japonaise, il acheva ainsi son parcours au cœur de l’un des événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale.

USS South Dakota (BB-57) off the Norfolk Naval Shipyard on 20 August 1943 (NH 97264)

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