Le USS Massachusetts (BB-59) est l’un des cuirassés américains les plus emblématiques de la Seconde Guerre mondiale. Troisième unité de la classe South Dakota, il fut conçu pour combiner une puissance de feu considérable, une protection blindée importante et une vitesse suffisante pour accompagner les forces navales rapides. Construit par la Bethlehem Steel Company dans le chantier de Fore River, à Quincy, dans le Massachusetts, il fut mis sur cale le 20 juillet 1939, lancé le 23 septembre 1941 et admis au service actif le 12 mai 1942. Surnommé affectueusement « Big Mamie », le bâtiment allait combattre dans les deux principaux théâtres de la guerre du Pacifique et de l’Atlantique, avant d’être préservé comme navire-musée à Fall River.
La conception du USS Massachusetts
Un cuirassé de la classe South Dakota
Le Massachusetts appartient à une génération de cuirassés conçus dans le contexte des limitations navales internationales de l’entre-deux-guerres. La classe South Dakota devait notamment respecter une limite de déplacement tout en offrant une puissance de feu et une protection capables de rivaliser avec les bâtiments étrangers contemporains. Le résultat fut un navire relativement compact pour sa puissance : environ 680 pieds 10 pouces (207,6 mètres) de longueur, 108 pieds 2 pouces (33 mètres) de largeur et un déplacement standard annoncé de 35 000 tonnes. Sa vitesse maximale atteignait environ 27 nœuds, ce qui lui permettait de participer aux opérations avec les groupes de porte-avions et les autres bâtiments rapides de la flotte.
L’armement principal constituait naturellement le cœur du bâtiment. Le Massachusetts disposait de neuf canons de 406 mm (16 pouces) répartis dans trois tourelles triples. Cette artillerie lourde était complétée par vingt canons de 127 mm (5 pouces), auxquels s’ajoutait une importante défense antiaérienne reposant notamment sur des pièces de 40 et 20 mm. La combinaison entre gros calibre, blindage et vitesse faisait du navire un instrument polyvalent : il pouvait engager des bâtiments de surface, bombarder des positions terrestres et fournir une couverture antiaérienne aux forces navales qui l’entouraient.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Classe | South Dakota |
| Numéro de coque | BB-59 |
| Constructeur | Bethlehem Steel, Fore River Yard |
| Mise sur cale | 20 juillet 1939 |
| Lancement | 23 septembre 1941 |
| Mise en service | 12 mai 1942 |
| Déplacement | 35 000 tonnes |
| Longueur | 680 ft 10 in (207,6 m) |
| Largeur | 108 ft 2 in (33,0 m) |
| Tirant d’eau | 29 ft 3 in (8,9 m), données de référence de l’U.S. Navy |
| Vitesse maximale | 27 nœuds |
| Artillerie principale | 9 × 406 mm |
| Artillerie secondaire | 20 × 127 mm |
| Défense antiaérienne | 40 mm et 20 mm |
| Équipage | Environ 1 793 personnes |
| Service actif | 1942–1947 |
| Distinctions | 11 battle stars |
| Situation actuelle | Navire-musée et mémorial à Fall River |
Les caractéristiques ci-dessus correspondent principalement aux données historiques de l’U.S. Navy ; la configuration de l’armement antiaérien a évolué au cours de la guerre.
Le baptême du feu en Afrique du Nord
Après sa mise en service et sa période d’entraînement, le Massachusetts quitta Casco Bay, dans le Maine, le 24 octobre 1942. Quelques jours plus tard, il rejoignit les forces américaines engagées dans l’opération Torch, l’invasion alliée de l’Afrique du Nord française. Le 8 novembre, au large de Casablanca, le cuirassé entra dans un affrontement avec les forces françaises de Vichy, notamment le cuirassé Jean Bart. Massachusetts ouvrit le feu avec ses canons de 406 mm et participa aux combats contre les navires et les batteries côtières françaises. L’épisode revêt une importance particulière dans son histoire : il fut le premier navire américain à employer ses canons de 16 pouces contre les puissances de l’Axe en Europe.
Cette première campagne illustre déjà la polyvalence du navire. Son artillerie n’était pas uniquement destinée aux combats entre cuirassés : les énormes pièces de 406 mm pouvaient également frapper des installations terrestres à grande distance, tandis que les canons de 127 mm et les armes antiaériennes permettaient au bâtiment de jouer un rôle complémentaire dans une force navale complexe. Après son passage dans l’Atlantique, le Massachusetts fut transféré vers le Pacifique, où son activité opérationnelle allait devenir beaucoup plus intense.
« Big Mamie » dans la guerre du Pacifique
Des îles Gilbert à Leyte
À partir de 1943, le Massachusetts participa à de nombreuses opérations du Pacifique. Il prit part aux campagnes des îles Gilbert et Marshall, aux raids menés contre des positions japonaises et à l’invasion de Hollandia. En 1944, après une période de révision, il rejoignit à nouveau les forces américaines engagées dans les offensives du Pacifique occidental. Il participa notamment aux opérations contre Okinawa et Formose, puis à la gigantesque campagne des Philippines.
L’un des épisodes majeurs de sa carrière fut la bataille du golfe de Leyte, en octobre 1944, l’une des plus importantes confrontations navales de l’histoire. Le Massachusetts opérait alors au sein des forces américaines qui soutenaient les offensives aéronavales et amphibies. Son rôle ne se résumait pas à rechercher les cuirassés adverses : comme les autres cuirassés rapides américains, il pouvait protéger les porte-avions, contribuer à la défense antiaérienne et bombarder les objectifs terrestres. Cette polyvalence correspondait précisément à la conception opérationnelle des grands cuirassés américains de cette période.
Les bombardements du Japon
En 1945, le cuirassé poursuivit ses opérations en soutien des offensives américaines, notamment autour de Luçon, d’Iwo Jima et d’Okinawa. Au cours de l’été, il participa ensuite aux attaques contre les îles japonaises. Le 14 juillet, ses canons bombardèrent les installations industrielles de Kamaishi, sur Honshū, avant une nouvelle attaque contre Hamamatsu. Le Massachusetts retourna à Kamaishi le 9 août 1945. Selon l’U.S. Navy, cette dernière action fut probablement l’occasion du dernier tir de 406 mm effectué au combat pendant la Seconde Guerre mondiale.
De navire de guerre à navire-musée
Après la capitulation du Japon, le Massachusetts fut envoyé au chantier de Puget Sound pour une révision, puis opéra sur la côte ouest des États-Unis. Il rejoignit finalement la côte est en avril 1946. Le bâtiment fut désarmé le 27 mars 1947 et placé dans la flotte de réserve de l’Atlantique. Il resta dans cette situation jusqu’à sa radiation du Naval Vessel Register, le 1er juin 1962.
Son histoire aurait alors pu se terminer dans une casse navale, mais une campagne de préservation permit de sauver le cuirassé. Le 8 juin 1965, le Massachusetts fut transféré au Massachusetts Memorial Committee et, le 14 août de la même année, il fut installé à Fall River pour devenir un mémorial consacré aux militaires morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment est depuis conservé comme navire historique et musée, offrant aux visiteurs une occasion rare d’explorer un cuirassé américain de la génération de la Seconde Guerre mondiale. Le National Park Service le recense parmi les grands navires historiques préservés des États-Unis.
Un témoin matériel de la guerre navale américaine
Le USS Massachusetts occupe ainsi une place particulière dans l’histoire navale américaine. Son parcours relie deux théâtres d’opérations très différents : son baptême du feu eut lieu en Afrique du Nord, tandis que la majeure partie de sa carrière de combat se déroula dans le Pacifique. En quelques années seulement, il participa à des débarquements, des bombardements côtiers, des opérations aéronavales et des campagnes majeures telles que Leyte et Okinawa. Sa carrière lui valut 11 battle stars pour son service pendant la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, le Massachusetts ne navigue plus comme un bâtiment opérationnel, mais sa conservation permet de comprendre concrètement la réalité matérielle de la guerre navale du milieu du XXe siècle. Ses tourelles de 406 mm, son imposante coque, ses espaces internes et ses équipements témoignent d’une époque où les cuirassés représentaient encore une concentration exceptionnelle de puissance industrielle et militaire. Plus de huit décennies après son lancement, BB-59 demeure donc à la fois un ancien navire de combat, un monument historique et un lieu de mémoire consacré à ceux qui servirent pendant la Seconde Guerre mondiale.




